24/05/2010

Emmanuelle, notre Baby Doll...

Nos amis Emmanuelle et Alain, conquis par la dernière pièce présentée au Proscenium (Un vrai bonheur), nous propose de jeter un oeil à leur prochain spectacle...

affiche baby dollB

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Baby Doll

de Tennessee Williams
Adaptation de Pierre Laville
Mise en scène de Jean-François Noville

Dans le cadre d’Odyssée théâtre

Tous les vendredis et samedis à 20h30
du 29 mai au 3 juillet 2010

et le dimanche 27 juin à 15h00

Scénographie de Dominique Chenut réalisée avec l’aide de Daniel Deswert – Eclairages de Michel Maingain - Régie de Pascale Delens, Kinou Nicoletti


Avec Nastasja Caneve, Vincent Kelner, Jean-François Noville et Majo Pirard

Réservations 04.221.41.25 

ou via le site <http://www.proscenium.be/>

La pièce :

Au début des années quarante, dans le Sud des États-Unis. Archie Lee, un exploitant de coton quadragénaire, est marié à Baby Doll, une femme-enfant qui se refuse à lui jusqu’à ses vingt ans, respectant ainsi la promesse faite à son père. Deux jours avant son anniversaire, Baby Doll menace de quitter la maison dont les meubles ont été saisis. Prêt à tout, Archie Lee incendie les machines de Silva Vacarro, qui dès le lendemain, rend visite à son voisin, bien décidé à se servir de Baby Doll pour se venger de lui…

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Le petit mot du metteur en scène :

Baby Doll est une pièce que l’on peut lire, décoder et savourer à plusieurs niveaux.

Il y a tout d’abord la savoureuse et pittoresque galerie de portraits touts droits issus de l’Amérique profonde des années 40-50, une Amérique rurale et rude, âpre au gain et puritaine : Archie Lee Meighan, autrefois  petit fermier du coton prospère et tout puissant, désormais ruiné et qui court après les sous, la délicieuse Flora, fille d’un autre fermier décédé, mariée par arrangement à Meighan dès ses 19 ans,  légère, sexy et écervelée, perdue dans ses rêves de magazines et de cinéma, l’anachronique tante Rose, espèce de fantôme des années ’30, du temps de sa splendeur passée, condamnée à jouer les bonniches de circonstance chez son beau frère, et enfin l’énigmatique et insondable Antonio « Tony » Vaccaro, italo-américain ambitieux et revanchard, incarnant l’Etranger dans toute sa splendeur, avec sa part de mystère et de danger…

Apparemment, c’est ce Vaccaro qui menace ce petit monde en équilibre, mais en apparence seulement…

En effet, ce que le génial Tennessee Williams cherche à nous faire goûter, c’est le basculement progressif d’une Amérique autrefois prospère et patriarcale, l’Amérique des années ’20, en une toute nouvelle Amérique, celle des trente prospère qui s’annonce ici, l’Amérique des entrepreneurs, de ceux qui voient grand et qui ne croient qu’à la réussite et qui balaient tout sur leur passage.

Meighan, ruiné et poussé au crime parce que dépassé, va devoir se soumettre à la loi du plus fort, la loi de Vaccaro. Il va y perdre sa réputation, sa fortune et sa femme, c’est une génération qui cède le pas à une autre.

On peut donc lire cette pièce en des termes plus durs et plus matériels, ceux d’une lutte sans merci entre quatre individus qui cherchent coûte que coûte à s’en sortir, et, le cas échéant, aux dépens des autres : Meighan  qui amadoue Vaccaro  après avoir incendié son bien, en lui collant son épouse sexy dans les pattes;  Flora qui cherche à échapper à son mari et se garantir une vie de luxe en séduisant le puissant et envoûtant Vaccaro, , Vaccaro lui-même qui cherche à manipuler la naïve Madame Meighan de façon à trouver un moyen de piéger son mari, et enfin la veille tante Rose, qui, en prétextant  habilement la folle sympathique, cherche à se garantir gîte et couvert auprès du plus puissant de ces messieurs.

On le comprendra vite, à ce jeu de qui ment gagne, il y aura peu de vainqueurs et trois victimes laissées sur le carreau… mais lesquelles ?

Une autre lecture possible est raciale : Meighan, fermier d’origine probablement irlandaise, personnifie l’Amérique des débuts : anglo-saxonne, rustre, catholique, dure au travail, misogyne, brutale, raciste et intolérante. Vaccaro, c’est l’Italien de deuxième génération, le « Rital » comme dit Flora, du mépris plein la bouche », celui qui est « bronzé même sans se mettre au soleil ». Bref, l’étranger, l’immigré, la menace. C’est aussi en tant qu’ « étranger » que Vaccaro menace Meighan, et pas seulement en tant que concurrent puissant: Vaccaro, c’est un Sicilien, un homme d’une culture « ancienne », un homme qui parle étrangement aux femmes, en utilisant des mots délicats et raffinés, un ancien moins que rien qui commence à gagner. Ceci n’est pas innocent dans cette Amérique des années ’40, encore bien pétrie de racisme et d’apartheid, où les noirs, méprisés par les anglos-saxons, sont considérés comme des frères de misère par ces Italiens…  Ils mettront encore pas loin de vingt ans à faire cesser ces discriminations.

Enfin, n’oublions pas que c’est le Grand Sud américain dans lequel nous plonge ici Tennessee  Williams : le Grand Sud du Mississipi, de la Louisiane, des bayous, des crocodiles et de la chaleur moite… Un grand Sud peuplé d’esprits, de blues et de musique cajun, rempli de fantômes vaudous et d’énergie sourdes et sombres qui vous prennent le corps en même temps que l’âme… Il y a, dans cette pièce tout le mystère de l’envoûtement, de la puissance des désirs inassouvis et de ces moments de folie où les tripes prennent le dessus sur la raison, où « quelque chose «  explose sous une chaleur de plomb et un été torride qui vous ramollit les sens et la raison.

Cette violence, ce désir, ces pulsions archaïques et irrésistibles sont au cœur de l’écriture du « Vieux Crocodile « , il n’y a pas plus sensuel dans le théâtre de cette époque que les pièces de Williams, relisez « La Chatte sur un toit brûlant » ou « Un Tramway nommé Désir » pour vous en imprégner à nouveau…

Williams fut très longtemps, et pas seulement en raison de son homosexualité, un auteur hautement tabou aux USA, précisément parce que son écriture libère une sensualité, une violence, une animalité tangibles, irrationnelles et irrépressibles, qui, soixante ans plus tard, font encore frissonner l’échine…

Bref, que vous soyez amateur de suspense, féru d’histoire, jouisseur des passions humaines ou mieux encore, les trois à la fois, Baby Doll devrait vous procurer un certain plaisir… c’est en tout cas notre vœu le plus cher !

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Réalisé avec l’aide de La Communauté Française (service du théâtre), de la Province et de la Ville de Liège et de la Région wallonne.

 

17:00 Écrit par TDA dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Généralement, Tennessee Williams, c'est riche et émouvant. Ca promet sûrement un moment de réflexion... et d'inconfort.

Écrit par : Mumu | 24/05/2010

Les commentaires sont fermés.